activité |
catalogue |
qui - quoi |
contact |
chapitre |

flux rss iconomoteur

qui - quoi > mattrat

AUTOPORTRAIT_EN_PIED

Une mimétique du geste créateur.
Si l'on demande à Jean-Claude Mattrat de parler de ses livres, il explique comment il les fait. Et ce comment, implicitement, recèle aussi un pourquoi.
Dans sa démarche plastique, l'édition comme forme et la sérigraphie comme technique, sont des moyens. Dans ce cadre s'inscrit la production d'images en multiples, dont va résulter la mise en ordre d'un livre, en plusieurs exemplaires, par l'assemblage et le façonnage des feuilles imprimées. Soulignons bien : Jean-Claude Mattrat ne délègue rien dans la fabrication de ses livres. Ceux-ci ne sont donc pas l'exécution d'un modèle (d'une maquette) par un sérigraphe. Leur assemblage n'est pas non plus confié à un relieur. Ce qui fait sens, c'est l'émergence sur la feuille non pliée de la construction graphique et chromatique de l'image, sa construction au fil des gestes et des superpositions requises, dans la répétition correspondant au nombre d'exemplaires identiques à produire, et au nombre de passages nécessaires pour obtenir sur chaque feuille le résultat qui se manifestera comme acceptable. Jean-Claude Mattrat insiste bien sur le fait qu'il n'exécute pas un plan préconçu mais fait émerger chaque double page au fil de son élaboration technique, dans sa cohérence propre, et dans sa consonance avec les autres. Car d'emblée la feuille destinée au livre est construite dans la logique de la double page, qui est celle du livre assemblé et cousu. Les temps de séchage étant des moments de reconnaissance de l'image en construction et de réflexion sur son devenir. On le verra, les livres de Jean-Claude Mattrat n'excluent pas les mots fixés en texte, mais les situent dans une position seconde. L'image est première. Pour renverser la logique ordinaire qui fait du texte l'inscription par excellence pour le livre, ici, le texte est un « hors image » (pour retourner la désignation de « planches hors texte »). Toutefois la successivité nécessaire structurant la pratique inventive peut se comprendre comme l'analogue de la construction d'un discours écrit, nécessairement soumise qu'elle est aussi à l'enchaînement dans le temps et l'espace du papier. Ainsi, dans le geste réitéré émerge peu à peu l'image.
Le papier fixe cette émergence liée aux manipulations, garde sa trace, l'aboutissement de sa stratification. Le livre achevé est mémoire du geste, accrétion du sens requérant le geste pour se laisser percevoir et saisir, saisir comme les feuilles manipulées. À cette diachronicité qui crée, sur chaque côté de la feuille, puis dans la suite des feuilles, l'aboutissement progressif des combinaisons de formes et de couleurs, va répondre une autre diachronicité, elle aussi contrainte, cette fois par le façonnage en livre. De l'une à l'autre la correspondance n'est pas celle d'un parcours réitéré. Il est impossible de retrouver la succession des recouvrements par l'encre sur chacune des feuilles, il est même impossible de lire les feuilles dans l'aspect et l'ordre de leur production séquentielle, puisque leur assemblage en cahier, et la couture le rend, là aussi impossible. Pourtant, de même que le geste d'imprimer invente les images cohérentes du livre, le geste qui mène le parcours de lecture, celui qui soulève les pages et les arrête sous le regard avant de les recouvrir, invente aussi un parcours cohérent. Le livre lu donne le sentiment d'une complétude, d'un cheminement justement effectué, d'un achèvement. Le sentiment que nous éprouvons d'une consonance, d'une harmonie, d'une justesse au terme du parcours du livre rejoint peut-être la reconnaissance par son auteur de la nécessité concordante des images constituées pour former ce livre là.
Marie-Jeanne Boistard.

ANAGRAMME_AUTOPORTRAIT_Bernard de Clairvaux demande : « Pourquoi mon œil connaît-il le ciel, et pourquoi ne sont-ce pas mes pieds ?  »
iconomoteur © 2008-2009 Jean-Claude Mattrat
Comment acheter ?
plan du site | accesskey
logo de validation XHTML 1.0 logo de validation CSS 2.1